Duekoué/ Le procès d’Amadé Ourémi réveillent des souvenirs douloureux chez certaines populations

Le procès d’Amade Ourémi, présumé coupable des exactions commises à Duekoué, pendant la crise post- électorale de 2010, s’est ouvert depuis le 24 Mars à Abidjan. Ce procès qui était attendu par les victimes réveille de douloureux souvenirs chez certaines populations. Notamment celles du quartier Carrefour, épicentre de cette crise, où des centaines de personnes ont été tuées en une seule journée.


Quelques années après la survenue de ce triste événement, la douleur se lit toujours sur le visage des populations rencontrées dans ce quartier martyr de Duekoué. <<Je suis ici depuis 1993. J’ai vu plusieurs crises ici depuis 2002 mais, particulièrement, celle que nous avons vécu après l’élection présidentielle de 2010 est difficile à oublier. Nous avons perdu beaucoup de parents dans cette crise post-électorale. Un  mardi 28 mars de l’an 2011, nous étions là et subitement, nous avons vu des dozos et des hommes d’Amadé Ourémi nous envahir. Sans autre forme de procès, ils tuaient et pillaient tout sur leur passage. Des enfants innocents ont été couchés sur l’espace de l’église céleste et mitraillés comme de vulgaires voleurs. Des parents ont été enlevés, attachés à des caféiers et abattus ici. La forêt qui avoisine le quartier était plein de cadavres. À notre corps défendant, nous partions dans cette broussaille pour rechercher les corps des parents qu’on ne retrouvait pas. C’était pénible ce que nous avons vécu avec Amadé Ouremi et tous  ceux qui nous ont envahis ce jour-là>>, se remémore Joël Koho.

Idem pour Georges Doué qui vit toujours mal ce qui est arrivé. Lorsque nous évoquons cette page douloureuse de son existence, il est presque en larmes. La gorge nouée, il réussit tout de même à nous parler. <<C’est un peu triste ce procès. Amadé Ouremi n’a pas agi seul. Nous savons qu’il a reçu l’ordre d’exécuter la population. Comme l’un de ces tueurs a été pris, les autres aussi tôt ou tard répondront de leurs actes. Nous avons trop souffert dans la main d’Amadé Ouremi. Comment des personnes qui n’ont rien fait, des vieux, des enfants et des vieilles qui sont entrain de marcher ou fuire, des individus les voient et tirent sur eux à bout portant. Pendant cette crise meurtrière, nos bourreaux venaient avec des véhicules de type Kia pour vider nos maisons et après ils y mettaient le feu. C’était des attaques bien préparées, vu la manière dont les choses étaient menées. De Bagohouo jusqu’au quartier carrefour, c’était l’horreur>>, se souvient-t-il.

La population ne croyait pas que le procès se tienne

<<Cela fait 10 ans que ça s’est passé. Personne n’a pensé que le mécanicien transformé en tueur patenté, pouvait être jugé. Certains disaient que les autorités, vue l’étroitesse des liens avec le Burkina Faso avaient fait partir Amadé Ourémi dans son pays. Cela faisait mal. Mais aujourd’hui, la réalité est toute autre. Amadé est entrain d’être jugé, c’est vraiment soulageant, même si nous ne pouvons pas oublier totalement. Cela apaise tout de même nos cœurs qui continuent de saigner depuis toutes ces années. C’est bien qu’il soit arrêté et jugé. Nous suivons plus ou moins le procès.>> se réjouit-il un tout petit peu.

Cependant, ces populations souhaitent que la parole soit donnée aux vraies victimes pour parler en leur nom.” J’ai vu sur la toile et sur les chaînes de télévisions internationales, des gens qui n’ont jamais été victimes encore moins témoins d’une quelconque exaction venir parler au nom des personnes meurtries à jamais. J’ai des pincement au cœur quand je vois et entends tout cela.  Des gens qui se sucrent sur le dos des victimes, il faut revoir tout cela. Il faut interroger les natifs de ces quartiers où des exactions ont été commises pour connaître réellement les besoins et les attentes des populations victimes. On ne peut pas se lever pour être responsable des victimes pourtant, on n’a été victime de rien>>, grogne-t-il.

Les attentes de la population

Selon lui, le quartier continue de vivre les affres de cette attaque. <<Malgré que tout a été détruit ici, nous vivons tout de même. On a commencé à se refaire grâce à des ONG qui ont apporté assistance en son temps. Mais le hic aujourd’hui, c’est qu’il n’y a plus de terres cultivables pour les vivriers. Les campements abandonnés hier ont été colonisés et toutes les terres arables sont occupées par des plantations de cacaoyers. Les villages qui autrefois ravitaillaient nos villes sont aujourd’hui ravitaillés par la ville. Les légumes, le riz et tout ce qui est denrée alimentaire viennent de la ville. C’est grave tout cela. Tout s’achète sur le marché. Aujourd’hui le cacao s’achète difficilement. Comment faire pour manger, si on n’a pas d’argent. >>, fait savoir Georges Doué.

Pour revenir au procès, il souhaite que la justice fasse venir à la barre tous les commanditaires dont a parlé Amadé Ourémi le premier jour de son audition. Ce qui soulagera encore plus la population, selon lui. <<Le bout du tunnel n’est pas loin. Le procès a débuté. Il faut que les autorités appuient sur l’accélérateur pour que tout cela finisse et que la paix et la réconciliation reviennent véritablement. Le peuple wê est le peuple le plus gentil. Il y des peuples qui vivent seuls. Mais ici nous avons accueilli tout le monde. Amadé Ourémi a parlé, qu’il a reçu les tenues militaires des gens pendant qu’il était dans son champ. Ceux qui l’ont mandaté se connaissent et la justice de Côte d’Ivoire est une justice que nous estimons crédible qui peut nous aider à penser nos blessures encore béantes en mettant aux arrêts ces tueurs . 20, 30, 50 ans ou même la prison à perpétuité ne pourra pas faire revenir nos parents tués atrocement. Ce qui m’intéresse, c’est pourquoi lui un mécanicien de vélo est subitement devenu un tueur pour perpétrer toutes ses méchancetés à l’endroit de ses tuteurs. C’est cette vérité que nous voulons connaître davantage>>, martèle-t-il.

Dans le village de Bagohouo et tous les autres villages sur l’axe Duekoué-Bagohouo, tous souhaitent que justice soit rendue pour soulager la population. <<Ce qui se passe aujourd’hui, c’est une bonne chose. Ça nous va droit au cœur. Les gens qui ont tué nos parents ici à Carrefour vont devoir payer pour leurs crimes. Nous sommes vraiment contents. Amadé Ouremi, c’est vrai c’est lui qui est sous les feux des rampes mais il n’est pas seul dans cette histoire de tuerie à Duekoué et surtout au Carrefour. Si c’est un début pourque tous les coupables répondent de leurs actes, c’est vraiment bien. Cela peut soulager nos peines. Nous attendons de la justice une impartialité sans faille. De la manière que ça a commencé, que ça continue pour que tous les bourreaux du peuple wê soient retrouvés et jugés>> indique-t-il.

Pour une plus grande transparence, les victimes ont émis le vœu que  le procès soit diffusé en direct par la chaîne publique nationale. <<un tel procès, le faire en catimini, ce n’est pas bon. Il faut que ça soit retransmis sur les chaînes nationales pour que chacun soit imprégné de ce qui se passe. De nombreuses victimes ne savent pas que le procès a commencé. Il faut que les donnes changent. Il faut surtout trouver les commanditaires et les complices de toutes ces exactions pour que la population soit soulagée véritablement>>, souhaite Joël Koho

Olivier Dan

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